Éditorial

Alors que la discrimination fondée sur le sexe/genre est la discrimination la plus flagrante, sa disparition n’avance qu’à petits pas et si, après le quasi silence de la présidence belge de l’Union européenne, l’événement de janvier a été le vote qui assurera aux femmes de ce pays, une meilleure place dans la vie politique, le chemin à parcourir sur la voie de l’égalité véritable entre hommes et femmes est encore long.

La constitution proclame l’égalité entre hommes et femmes dans son principe et pour l’avenir. Mais, en attendant, deux des exécutifs de ce pays ne comptent aucune femme (celui de Bruxelles-capitale de l’Europe et celui de la communauté germanophone) sans compter les exécutifs multiples d’un niveau moins élevé. L’inégalité des chances entre hommes et femmes est tellement ancrée dans les mœurs qu’il faut l’artifice des quotas de départ sur les listes politiques pour essayer d’obtenir une parité hommes-femmes qui n’existe pas à l’arrivée.

Et cette inégalité des hommes et des femmes à l’arrivée a pour cause l’inégalité globale entre les hommes et les femmes dans toutes les sphères de la société. Il ne suffit pas d’une loi ou d’une réforme de la constitution dans un domaine donné; il faut une action féministe globale dans tous les domaines, ici et ailleurs, et il faut que cesse l’acceptation par des «femmes elles-mêmes» d’une situation que nous combattons. Il faut qu’on cesse de dire aux femmes que toutes les barrières dont on les entoure ont été érigées «pour leur bien».

Il faut qu’elles-mêmes cessent de le croire!

A. H.

À propos des dernières élections communales

Sous le titre de «Vers une démocratie paritaire», le Ministère fédéral de l’Emploi et du Travail publie une analyse des résultats des élections communales et provinciales du 8 octobre 2000, où il est question du nombre, pourcentage, moyennes et rapport des voix de préférence accordées à des femmes par province aux élections communales de 2000.

Ce qui comptent pour le résultat final, ce n’est pas seulement le nombre de voix de préférence mais aussi la place sur la liste. Le vrai «problème» existe en amont de l’élection, dans la vie politique quotidienne.

Un prix «cactus»

En termes très peu parlementaires, un député du parlement de la communauté française a déclaré qu’il voterait cette «connerie» (sic) quand les hommes accoucheraient.

Les femmes dans le sport

Le professeur Guy Crèvecœur (directeur de ULB-Sport) déclaraient naguère que, si elles sont de plus en plus nombreuses à faire du sport, les femmes sont encore, dans ce domaine, victimes de nombreuses discriminations.

Les femmes sont sous-réprésentées dans les organes de gestion: en Belgique francophone, il n’y a que 96 femmes sur les 870 membres des conseils d’administration des fédérations sportives (soit 11%) et le Comité olympique interfédéral ne compte qu’une seule femme parmi 27 hommes!

Les sponsors sont moins généreux à l’égard des sportives de haut niveau et les arbitres sont moins payés pour les compétitions de femmes.

Cependant, on voit du progrès; la pilote allemande Jutta Kleinschmitt est une des vedettes du Paris-Dakar et c’est une femme, Vanina Ickx, qui en Belgique succède à son père dans la course; si les femmes sont parfois des héritières sans terre, dans ce cas, il s’agit d’une héritière avec auto comme Merckx a été un héritier avec vélo.

Présence belge au Parlement européen

On a appris avec intérêt que Mme Miet Smet, députée européenne bien connue pour son intérêt à l’égard de la condition des femmes, a été élue questrice du parlement européen. Elle est la seule représentante de notre pays ayant un poste dans le bureau de cette assemblée.

Éditorial

Parmi les groupements qui exercent une influence sur la vie quotidienne des individus, sur l’organisation de la société dans un des ses aspects (essentiellement l’activité professionnelle) et dont des représentants siègent dans des organes du pouvoir, il y a les syndicats. Dès lors, il est normal que nous nous interrogeons sur le cheminement des femmes dans la vie syndicale, de la base au sommet, dans les rouages internes et dans la représentation extérieure.

Mais où sont donc les femmes dans la vie syndicale? Où en sont-elles dans la vie syndicale? Quel est le poids des préoccupations des travailleuses dans les programmes des divers syndicats? Comment devenir militant(e) de syndicat et progresser dans la hiérarchie?

Il y a eu des syndicats de femmes et maintenant vous pouvez vous étonner d’entendre une voix mâle chez le représentant officiel de secteur dans lequel les femmes sont majoritaires.

Combien de femmes font une carrière syndicale? On sait à quel sexe appartient le syndicaliste interviewé dans la presse et les autres médias. Mais connaissez-vous le nom et le prénom de ceux qui siègent dans les conseils d’administration de telle entreprise publique.

Dans les négociations collectives entre les partenaires sociaux, employeurs et travailleurs, combien de femmes sont-elles affectées, par exemple, à la technique de l’évaluation des emplois afin de fixer les salaires?

Sur le terrain, ce sont surtout les femmes qui sont l’objet de harcèlement sexuel. Quand donc les employeurs reconnaîtront-ils que leur tolérance dans ce domaine altère gravement le fonctionnement de leur firme et qu’il convient donc qu’ils s’en abstiennent eux-mêmes?

Quand donc les représentants syndicaux le sanctionneront-ils dans leurs rangs?

Enfin, il importe que davantage de femmes soient, en qualité de représentantes syndicales, protégées contre le licenciement, elles qui sont les premières cibles?

Voilà des questions qui méritent d’être approfondies, grâce à nos oratrices du 21 mars 2002.

A. H.

À Kaboul

On a appris avec intérêt qu’en Afghanistan, les femmes, interdites d’instruction et de travail sous le régime des Talibans, se sont présentées au nombre de cinq cents à l’inscription à l’université de Kaboul et que, en raison de la situation qui leur a été faite pendant des années, un bonus de 15% des cotes leur sera octroyé.

Comme les quotas en politique, cette mesure est sans doute de nature à établir à terme l’égalité entre les hommes et les femmes; mais il est certain qu’elle ne peut compenser les lacunes des connaissances et de l’expérience qui résulte de plusieurs années d’exclusion.

Cela vaut non seulement pour les femmes d’Afghanistan en ce moment mais aussi pour toutes les femmes qui sont soumises, en matière d’éducation, de stage ou de travail, à des mesures, même partielles ou temporaires, d’interdiction que celles-ci soient ouvertement déclarées comme telles ou qu’elles soient présentées comme des mesures de «protection spéciale». Balayons aussi devant nos portes fermées.

Femmes diplômées durant leur incarcération

Elles sont une minorité parmi les femmes; elles sont une minorité parmi les personnes de leur condition.

Elles? Ces femmes dont nous parlons, ce sont des détenues. Il est d’une importance capitale pour leur réinsertion dans la société qu’elles aient les mêmes chances que les hommes, notamment en ce qui concerne la formation professionnelle et l’accès aux professions modernes. C’est la raison pour laquelle nous avons appris avec intérêt que des représentants des ministres de l’enseignement et de la justice ont récemment assisté dans un établissement pénitentiaire de la capitale, à la remise des diplômes en informatique mérités par des détenues qui avaient suivi des cours organisés par une association féminine… et il ne s’agissait pas uniquement de cours préparant à des emplois subalternes.

Personalia PO: Mmes Catherine François et Anne Bary-Lenger

Notre membre, Mme Catherine François, est une des deux auteures d’un ouvrage intitulé «Paroles de prostituées »‘ (Edition Luc Pire ) qui comporte une série d’interviews. Cette auteure est, de longue date, préoccupée par la question. C’est une contribution au débat sur le statut de ces personnes dans la société.

Notre membre, Mme Anne Bary-Lenger, ingénieure agronome (Eaux et forêts), décrit, dans une note en date du 27 mai 2001 les difficultés et le long combat que les femmes ont dû mener pour atteindre l’égalité avec les hommes:

  • Lorsque nous étions étudiants, nous participions régulièrement à des excursions, le plus souvent en forêt soumise; Monsieur Boudru me présentait en disant: «nous avons à présent une jeune fille mais rassurez-vous, elle sait marcher
  • Lorsqu’en 1951 j’ai eu mon diplôme, l’administration m’a écartée en ne m’autorisant pas à présenter le concours des eaux et forêts? sous le prétexte notamment que l’on ne saurait pas comment m’habiller, que je ne pourrais pas être ingénieur de cantonnement car j’aurais dû sortir en forêt la nuit (ce qu’il m’est arrivé de faire par nécessité, accompagnée de mes chiens, à Strainchamps où, par raison d’économie, j’ai rempli toutes les fonctions, y compris celle de garde), et si j’avais insisté en usant de multiples interventions, j’aurais été reléguée dans un bureau à Bruxelles, sans doute au service statistique
  • l’administration a accueilli une première femme ingénieur des eaux et forêts en 1991: son uniforme mis au point en 40 ans équivaut certainement au chef d’&œ lig; uvre d’un grand couturier