GROUPEMENT BELGE DE LA PORTE OUVERTE

pour l'émancipation économique de la travailleuse

Éphémérides de la semaine

À l'occasion de l'Année Internationale de la Femme instituée en 1975 par l'UNESCO, le Groupement belge de la Porte Ouverte a rassemblé les faits d'un ensemble de femmes qui se sont illustrées dans l'histoire, récente ou ancienne. Afin que ce travail ait un effet durant toute cette année, il fut diffusé vers les journaux et périodiques sous forme d'éphémérides. Seul l'hebdomadaire néerlandophone « MIMO » les a régulièrement publiées.

Les informations ont été rassemblées par Alice Choprix-Delaby, Elisa Coene, Adèle Hauwel, Lucie Hauwel, Renée Noirynck et Jeanine Van Esch.

Italie - Naissance à Sienne, le 25 mars 1347, de sainte Catherine de Sienne (décédée à Rome le 29 avril 1380), elle ne se contenta pas d'exercer ses oeuvres de charité , soignant les pauvres et les pestiférés; elle s'occupa de théologie, mit le Saint-Siège en garde contre le népotisme, écrivit de nombreuses lettres à des princes de l'Eglise qui la tenaient en haute estime, intervint dans le retour du pape d'Avignon et dans la querelle des schismes en 1376.

Elle fut canonisée en 1461 et proclamée docteur de l'Eglise le 4 octobre 1970 (elle est la deuxième femme à porter ce titre après sainte Thérèse d'Avila proclamée le 27 septembre 1970).

Signalons au passage que, si le pape a annoncé qu'une messe jubilaire pour les femmes, en concordance avec l'Année internationale de la femme, serait célébrée le dimanche 7 septembre 1975, les femmes restent expressément exclues du sacerdoce ministériel et même des ministères laïcs institués (lectorat et acolytat); les statistiques montrent même que les béatifications et les canonisations des femmes sont moins nombreuses que celles des hommes; cette attitude antiféministe n'est pas sans influence sur la vie professionnelle des femmes: exclusion d'une femme photographe accréditée lors du concile de Vatican II (1967) et refus d'agrégation de femmes diplomates (une diplomate allemande en janvier 1970).

Le 23 janvier 1975, le pape a reçu les lettres de créance de la première femme accréditée comme diplomate près le Saint-Siège: elle est ambassadeur de l'Ouganda. Le pape n'a pas cru devoir faire de commentaire sur cette «première» féministe.

France - Mort à Paris, le 26 mars 1923, de la célèbre actrice Sarah BERNARDT (née à Paris le 22 octobre 1844).

Elle fut une idole du public; son ardeur au travail l'incita à poursuivre sa carrière théâtrale malgré l'amputation d'une jambe en 1914; elle avait interprété des rôles masculin («L'Aiglon» de Rostand en 1914).

Le souvenir évoqué aujourd'hui nous amène à rappeler que les femmes furent longtemps exclues de la scène, les rôles féminins étant interprétés par des hommes (théâtre grec antique, théâtre nô japonais, scènes lyriques dans nos pays); sur les difficultés des premières actrices, on lira utilement l'ouvrage de Rosamond GILDER: «Ces femmes de théâtre» (O. Perrin, Paris 1967).

Belgique - Mort à Bruges, le 27 mars 1482, de Marie de BOURGOGNE (née à Bruxelles le 13 février 1457), fille et successeur du duc de Bourgogne Charles le Téméraire.

A cette époque donc les femmes exerçaient le pouvoir politique qui leur était dévolu par voie héréditaire alors que l'article 60 de la Constitution belge continue à disposer que le succession au trône se fait «de mâle en mâle, par ordre de primogéniture et à l'exécution perpétuelle des femmes et de leur descendance».

Ce n'est certainement pas un crime de lèse-majesté que de souhaiter qu'en cette Année internationale de la femme, il se trouve des parlementaires pour déposer une proposition de révision de cet article de la Constitution en vue d'y supprimer les mots «de mâle en mâle» et «à l'exclusion perpétuelle des femmes et de leur descendance».

Nous avions déjà attiré l'attention sur ce problème en décembre 1960. Il est autant plus important de procéder maintenant à cette révision qu'elle n'aurait aucune incidence sur l'ordre de succession au trône, succession que personne d'ailleurs ne désir voir s'ouvrir. Rappelons au passage que le Danemark, lui, a procédé à une révision de sa constitution pour permettre à la fille du roi de lui succéder, alors que, dans le cas de ce pays, il s'agissait d'une question et d'écarter du trône le successeur mâle qui l'emportait sur la descendance féminine du roi.

La révision de l'article 60 de la Constitution devrait être accompagnée de celle de l'article 58 qui se rapporte aux sénateurs de droit: «Les fils du Roi ou, à leur défaut, les princes belges de la branche de la famille royale appelée à régner, sont de droit sénateur à l'âge de 18 ans. Ils n'ont voix délibératrice qu'à l'âge de 25 ans».

Il faudrait ajouter: 1. les mots «et les filles» après «fils»; 2. les mots «et les princesses» après «princes».

Enfin, il est certain que l'Année internationale de la femme donnera lieu à divers exercices de style; nous en proposons un à l'imagination des historiens. En 1969, lors de ce qu'on a appelé l'année Napoléon, un historien français spécialisé dans la vulgarisation a décrit comment se serait déroulée l'histoire de son pays si Napoléon avait été vainqueur et non vaincu à Waterloo; il concluait que la première guerre mondiale n'aurait pas eu lieu. Est-il insolant de se demander quelle aurait été l'histoire de la Belgique, si la princesse Clémentine, fille du roi Léopold II, et qui mourut seulement en 1955, avait succédé à son père?

Angleterre - La célèbre femme de lettres Virginia WOOLF (née à Londres le 25 janvier 1882), mourut le 28 mars 1941 près de Rodwell dans le Sussex. Son oeuvre proprement littéraire est d'une grande valeur; elle exerça une grande influence sur les milieux intellectuels et anima ce qu'on a appelé le cercle de Bloomsbury; elle est l'auteur de deux essais («A room on one's own», «Three Guinea») dans lesquels elle aborde les problèmes de l'instruction et de la création artistique des femmes dans une optique résolument féministe.

Grande-Bretagne - Le 29 mars 1848, Frederick Denison MAURICE, professeur au King's College de Londres, prononce le discours fameux où il annonce la fondation de ce qui deviendra le premier collège d'enseignement supérieur pour jeunes filles, le Queen's College de Londres, situé dans Harley Street, dont les cours commencèrent le 1er mai 1848. Ce fut la première brèche dans le front des préjugés contre l'instruction supérieure des jeunes filles mais l'événement fut salué par des sarcasmes; il faut rendre hommage aux hommes comme Maurice, John Sterling et Tennyson, qui surent braver le ridicule pour défendre le droit des femmes et leur apporter une aide concrète.

France - Le 30 mars 1842, mourut à Paris Elisabeth-Louise VIGÉE-LEBRUN, peintre, qui était née dans la même ville le 16 avril 1755. Elle fut un peintre presque officiel et parcouru de nombreux pays d'Europe où elle peignit le portrait de nombreux personnages haut placés.

ONU - La convention internationale sur les droits politiques de la femme fut conclue à New York le 31 mars 1953. Ce document des Nations-Unies établit pour les femmes le droit de vote (article 1), le droit d'éligibilité (article 2), l'accès aux postes publics et aux fonctions publiques (article 3). Comme tout instrument de ce genre, celui-ci comporte, en son article 7, le droit de formuler des réserves qui peuvent avoir pour effet d'enlever toute portée aux droits mentionnés. La portée générale de l'article 3 est donc d'une importance capitale pour tous les emplois de la fonction publique et est bien loin de s'appliquer à un petit groupe de femmes. Il est utile de demander que, dans tous les pays, les associations féministes réclament l'abrogation de toutes les réserves que le gouvernement peut avoir faites lors de son adhésion à la Convention.

La Belgique a approuvé cette Convention par la loi du 19 mars 1964, publiée dans le Moniteur belge du 2 septembre 1964.

Lors de son adhésion à la Convention (22 mai 1964), la Belgique a fait les réserves suivantes relatives à l'article 3:

  1. La Constitution réserve aux hommes l'exercice des pouvoirs royaux. En ce qui concerne l'exercice des fonctions de la régence, l'article 3 de la Convention ne saurait faire obstacle à l'application des règles constitutionnelles telles qu'elles seraient interprétées par l'État belge.
  2. Tant pour le passé que pour l'avenir, la Convention ne peut faire obstacle à ce que l'autorité publique établisse des conditions d'accès aux fonctions publiques en s'inspirant, en dehors de toute idée de discrimination, soit du soucis d'assurer la protection de la femme contre certains risques physiques ou moraux, soit de considérations objectives tenant aux exigences inhérentes à la bonne marche de certains services publics.

En ce qui concerne la fonction royale, nous réclamons le révision de l'article 60 de la Constitution; en outre, nous réclamons la révision de l'article 58 de la Constitution auquel la première réserve ne semble pas faire allusion; dans le même esprit, nous réclamons une déclaration officielle que la régence et la tutelle (articles 81 et 82 de la Constitution) sont des fonctions accessibles aux personnes des deux sexes. Le premier roi des belges ne souhaitaient-ils pas que la régence puisse être confiée à son épouse, la reine, en cas d'absence, sans faire allusion, il est vrai, à l'accession au trône d'un successeur mineur?

En ce qui concerne la deuxième réserve, qui intéresse un nombre bien plus important que la première, mentionnons le projet de résolution sur le retrait des réserves à la Convention sur les droits politiques de la femme déposé au Sénat le 4 juillet 1974 (Document 312 de la session extraordinaire 1974). En attendant que cette réserve soit officiellement retirée, il importe que l'autorité publique renonce à faire usage de la faculté qui lui est donnée par la dite réserve.


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